Tandem

TANDEM

Radio imaginaire

de Joséphine Chaffin

Mise en scène et jeu : Clément Carabédian et Joséphine Chaffin

Jean Tinguely et Niki de Saint-Phalle

Production : Compagnie Superlune
Coproduction : CDN de Besançon Franche-Comté
Résidence : TNP-VIlleurbanne, CDN de Besançon Franche-Comté

NOTE D’INTENTION
Petit historique — Tandem est le fruit d’un cheminement réflexif et artistique autour d’un thème : les créatrices.
Quelle place les femmes occupent-elles dans l’histoire de l’art – toutes disciplines confondues ? Pourquoi, alors même que la création artistique pourrait, a priori, être perçue comme un espace de lutte contre les discriminations sexistes, elle est au contraire un terrain particulièrement miné pour la liberté des femmes ?
Ces questions étaient au centre du travail de recherche mené en 2012 par Joséphine Chaffin à l’ENS, dans un mémoire consacré au statut des femmes de théâtre aujourd’hui en France. Quelques années plus tard, cette investigation quitte la sphère de la recherche sociologique pour être incorporée dans l’écriture des Beaux ardents (love story vénitienne), le premier spectacle créé par le duo Superlune, en 2017.
A travers le récit d’une grande histoire d’amour entre la peintre Artemisia Gentileschi et le musicien Nicholas Lanier, à Venise au XVIIe siècle, le spectacle souligne la permanence, à travers les siècles et jusqu’à aujourd’hui, d’une complexe contradiction entre l’amour et l’art, entre l’intime et le professionnel, entre la sphère privée et la sphère publique.
Deux années s’écoulent, puis Superlune s’engouffre à nouveau dans ce champ thématique en répondant en octobre 2019 à une commande faite par le Domaine d’O à Montpellier, dans le cadre des rencontres de Magdalena, réseau international de créatrices.
Le cahier des charges est le suivant : inventer un court impromptu théâtral qui traite des couples d’artistes . Nous écrivons alors une émission de radio imaginaire, qui convoque à son micro des artistes masculins pour parler du couple de créateurs qu’ils forment avec leur compagne.
Le très bon accueil réservé par le public nombreux et varié du Domaine d’O à notre lecture conforte notre intuition : le sujet, d’abord pointu, soulève en réalité des questions qui nous concernent toutes et tous.
Ce sont les prémices de Tandem .
Aujourd’hui, il s’agit de transformer cet impromptu en un véritable spectacle. Ce fil rouge thématique, qui a régulièrement traversé notre travail ces dernières années, est devenu l’un des maillons de l’ADN de la Compagnie Superlune. Nous rêvons de Tandem comme d’un spectacle signature de notre projet : une carte de visite qui permettrait à notre jeune structure d’aller à la rencontre de tous les territoires et de leurs habitants.

“On avait des discussions, des conflits. C’était difficile, mais je savais qu’à la fin on s’en sortirait. On a fait beaucoup d’expériences ensemble, elles nous amènent
toujours tous les deux à faire mieux, à faire nouveau, avec des matériaux nouveaux. On gagne, vous voyez.
On en sort vainqueurs chacun pour soi. “
Jean Tinguely


Richard Burton et Elizabeth Taylor

AMOUR, TRAVAIL ET GENRE
DES CRÉATRICES….
Une chroniqueuse, interprétée par Joséphine Chaffin, invite à son micro, au gré d’une série radiophonique sur les couples créateurs , des artistes qui ont existé. Époques, nationalités et arts se mélangent : Richard Burton, Jean Tinguely, Serge Gainsbourg, Gustav Mahler, Auguste Rodin, Francis Scott Fitzgerald…
Ils ne viennent pas parler de leur oeuvre, mais bien de celle de leur compagne artiste. La productrice de l’émission les interroge sur leur rapport plus ou moins heureux avec celle-ci, sur leur perception de son travail à elle, dissèque les mécanismes de la rivalité ou de l’alchimie. Comment s’aime-t-on, se respecte-t-on, se jalouse-t-on, quand on est deux à créer ?
Tandem explore la variété des relations qui ont existé dans les couples d’artistes. On revisite l’histoire de l’art pour mieux jeter un éclairage sur notre modernité, car être créatrice n’est toujours pas une question anodine. La tendance (plus ou moins consciente) chez les artistes hommes à préserver leur position de domination et à invisibiliser le travail de leur compagne est un des obstacles qui forment le plafond de verre auquel les créatrices se heurtent. C’est ce que nous tentons de déceler en faisant entendre la pluralité de ces discours masculins .

AUX RÔLES GENRÉS DANS LEUR ENSEMBLE
Selon nous, le sujet est d’actualité et dépasse la sphère artistique. Loin de cultiver un entre-soi, notre propos est au contraire d’aborder l’universel et complexe mélange du personnel et du professionnel au sein du couple.
Une répartition genrée des rôles , héritière de la bipartition séculaire entre la sphère publique réservée aux hommes et la sphère privée dédiée aux femmes, régit encore nos vies sociales, professionnelles, intimes.
Les couples de créateurs ne sont pas une exception. Parce que ces couples catalysent rêves, fantasmes et obsessions de leur époque, on peut les lire comme le miroir surpuissant de toute une société , analyser par leur truchement nos symptômes collectifs. Les discours des artistes masculins de Tandem nous aident à comprendre combien amour, travail et genre forment souvent un cocktail explosif, dans les couples mythiques comme dans les couples d’anonymes. En 2020, dans un contexte de libération de la parole des femmes, ces témoignages attestent d’une division genrée du travail toujours à l’œuvre, mais fournissent aussi des exemples inspirants. C’est le cas des danseurs et chorégraphes Marie-Claude Pietragalla et Julien Derouault, dont la création à quatre mains montre ce qu’une collaboration à égalité, joyeuse, dans l’émulation plutôt que l’écrasement, produit de puissance vitale et de force d’invention.

UNE ÉMISSION DE RADIO A DOMICILE
Pour explorer le paysage riche en relief des duos créateurs, nous imaginons un voyage radiophonique.
Ce format offre plusieurs avantages de taille : tout d’abord, il nous autorise à traiter un sujet profond sous une forme ludique, car la radio fait partie de la culture populaire. Nous choisissons des artistes variés pour que chaque spectateur puisse y retrouver des références, modèles ou repoussoirs.
L’identité de l’invité est révélée seulement à la fin de chaque interview, afin que les spectateurs jouent avec leurs connaissances et souvenirs pour deviner qui s’exprime, façon quiz culturel. Tous les artistes invités seront interprétés par Clément Carabédian : sans être dans le mimétisme complet, il s’agira de s’amuser avec un certain degré d’incarnation, et par ce petit jeu de composition d’alimenter la dimension visuelle et ludique de Tandem : comme lors d’un enregistrement en direct, nous voulons créer une émission de radio qui se regarde autant qu’elle s’écoute.
Par ailleurs, le format radiophonique est un terrain de jeu idéal pour qui veut déployer une langue, l’incorporer dans un univers sonore, oeuvrer avec l’imaginaire du spectateur. Nous superposons ici différentes strates textuelles : la parole des artistes masculins, tirée d’archives (lettres, autobiographies, interviews télévisées…) et remodelée pour composer les entretiens ; les archives sonores, réelles ou inventées ; le texte écrit par Joséphine Chaffin, pris en charge par le personnage de la productrice et qui permet le déploiement d’une écriture d’aujourd’hui.
Car au-delà de la dimension sociologique, c’est bien sûr à l’immersion dans une langue, dans un bain de mots et de voix que Tandem veut inviter.
Dans ce spectacle-palimpseste , le patchwork textuel et vocal entrelacera documentaire et poésie, actualité et histoire, matière textuelle et matière musicale …
C’est avec sensibilité, dans le jeu et la rêverie, que nous voulons mener cette réflexion autour des créatrices et des rôles genrés, pour la partager avec toutes et tous. Le médium radio permet de réunir une assemblée tout en plongeant chacun dans son for intérieur.
Pour déployer cet imaginaire radiophonique, le travail du son sera bien sûr essentiel : nous collaborerons avec un musicien et ingénieur du son pour créer un écrin sonore qui englobera les spectateurs dans une odyssée intime et collective. Tout comme l’écoute de la radio au cœur de la nuit est propice au voyage, nous imaginons un spectacle qui renforce le cocon chaleureux et protecteur du foyer et invite à un vagabondage par les mots, les voix et les sons.

ADAPTÉE À L’ITINÉRANCE
Toujours du point de vue de l’accessibilité, le format de l’émission de radio est tout à fait adapté au cahier des charges d’un spectacle itinérant . En effet, nous n’aurons besoin que d’une scénographie légère, l’essentiel résidant dans le système son et les deux protagonistes : principalement des casques audio, des micros, une table et des chaises. Le dispositif lumière sera simple et économe, avec une alternance entre un plein feu et une lumière rouge typique de studios, pour les transitions entre les interviews.
Un tel dispositif scénique sera facile à transporter, rapide à installer dans un appartement. Nous l’imaginons bien se fondre dans un salon, jouant sur la proximité entre l’ambiance feutrée d’un intérieur et celle d’un studio d’enregistrement. Ces effets superposés d’intimité nous permettront d’inclure au maximum les spectateurs de Tandem dans notre dispositif, comme s’ils étaient des auditeurs de la radio assistant à un enregistrement en direct. A ce titre, nous pourrions même imaginer une certaine participation du public, ou encore utiliser le mobilier des hôtes du spectacle eux-mêmes, pour renforcer l’effet de fusion dans le décor. La proximité avec le public du théâtre en appartement, en tout cas, nous y autorise.

EXTRAIT
« Ainsi s’achève cette déambulation au royaume des artistes amoureux, contrée sans frontières au sol miné de bombes meurtrières ou jubilatoires, au ciel vibrant d’orages déchirants ou consolatoires.
Merci d’avoir erré avec moi du pôle féminin au pôle masculin et en chemin d’avoir recueilli les mots de ces hommes se mesurant avec plus ou moins de bonheur à leur égale.
Le voyage serait sans fin de faire le tour complet de ces tropiques amoureux, d’examiner de près la tectonique des plaques des œuvres qui se font à deux continents.
On y reviendra promis.
Dans l’incroyable pays.
Pour l’heure c’est fini je vous laisse pour la nuit en compagnie de nos amants éternels. Nager dans le fleuve intranquille de leur désir et dériver à la surface de leurs amours océans. Surtout n’oubliez pas de saluer les ô combien précieuses et nécessaires créatrices de tout bord femmes de tout poil, celles dont on a parlé et les autres Sylvia Berthe Paula Georges Isadora Zelda Elsa Maria.
A comme Virginia qui 100 ans plus tard ne se trouve absolument pas démentie.
Face à eux pour qui c’est plus facile, ce qui est indispensable pour elles.
Sans conditions et indiscutable.
C’est de l’argent pour subsister.
Une chambre à soi pour se concentrer.
J’ajoute un silence à soi pour y dormir lovée.
Y rêver.
Et inventer la suite.
Bonne soirée. »

BIOGRAPHIES
Joséphine Chaffin
Diplômée de l’Ecole Normale Supérieure en Arts de la scène, elle y a mené un mémoire de recherche sur le statut des femmes de théâtre en France. Elle travaille ensuite comme assistante à la mise en scène auprès de Christian Schiaretti au TNP-Villeurbanne, puis de Robin Renucci dont elle est l’assistante artistique au Centre Dramatique National des Tréteaux de France entre 2013 et 2017.
Elle se consacre par la suite à son activité d’autrice et de metteuse en scène au sein de la Compagnie Superlune, implantée à Mâcon et cofondée avec Clément Carabédian. Avec ce dernier, elle crée ses pièces Jubile (2016) ; Les beaux ardents (love story vénitienne) (2017) ; Midi nous le dira (2019).
Elle répond par ailleurs à des commandes d’écriture : elle écrit pour les Tréteaux de France Data m’a dissous (2016) et Horizon blanc (création jeune public en 2021) ; pour le festival EN ACT(E)S Ton Tendre silence me violente plus que tout (2014) et la pièce jeune public Céleste gronde (2017), reprise et créée par la suite par les Tréteaux de France (2019); pour le festival Mostra Teatrale (Corse), Fontaine rouge – Funtana rossa, une écriture issue du recueil de témoignages des habitant.e.s du territoire (2018) ; pour la compagnie La Bande à Mandrin Premier soleil , une adaptation de Roméo et Juliette pour trois acteurs.trices, qu’elle co-met en scène avec Juliette Rizoud (2019) ; pour le CDN de Besançon Franche- Comté Oui , un texte interprété par Clément Carabédian et qu’elle co-met en scène avec lui dans le cadre d’une carte blanche offerte à la Compagnie Superlune en septembre 2020.
Sa pièce Midi nous le dira , lauréate de l’Aide à la création Artcena, du label Jeunes Textes en Liberté, du Prix Hypolipo de la M.E.E.T – Hypolipo, du festival jeune public Mange ta grenouille, du Prix Godot du festival Les Nuits de l’Enclave et enfin de l’Aide à la mise en scène de la Fondation Beaumarchais-SACD, est consacrée au football féminin. Le texte est édité aux Editions Espaces 34 et créé par la Compagnie Superlune en novembre 2019 à la Scène Nationale de Mâcon.
En 2019, elle est en résidence d’écriture à la M.E.E.T (Maison des Écritures et des Écritures Transmédias) – Hypolipo, et en novembre 2020 elle sera accueillie en résidence d’écriture au Centre Dramatique des Villages du Haut Vaucluse (Valréas).
Elle prépare actuellement la création de Tandem : radio imaginaire avec Clément Carabédian (décembre 2020).
Elle anime des ateliers d’écriture avec des publics jeunes et adultes. En 2020 et 2021, elle participe ainsi à un vaste projet d’actions artistiques conduit par le TNP-Villeurbanne et l’Association des Paralysés de France.

Clément Carabédian
Titulaire d’un master d’Histoire, Clément Carabédian intègre en 2006 le département d’Art dramatique de l’ENSATT. Il y rencontre notamment Bernard Sobel, Christian Schiaretti et Alain Françon.
A sa sortie de l’école, il travaille avec Bernard Sobel ( Cymbeline , MC93), Claudia Stavisky ( Lorenzaccio , Une nuit arabe, Le Dragon d’Or , Les Célestins-Théâtre de Lyon), Stéphane Olivié Bisson ( Caligula , Théâtre de l’Athénée). Avec ses camarades de promotion, il fonde La Nouvelle Fabrique dont il participe à plusieurs créations ( L’Hamblette , Le numéro d’équilibre ).
En 2012, il intègre la troupe du TNP-Villeurbanne sous la direction de Christian Schiaretti ( Une Saison au Congo, Le Roi Lear, Mai, Juin, Juillet, Le Roman de Renart, Le Grand Théâtre du Monde et Bettencourt Boulevard – dont il est également assistant à la mise en scène).
Il collabore avec plusieurs compagnies issues du TNP : Le Théâtre en Pierres Dorées ( Le Menteur), La Bande à Mandrin ( Le Songe d’une nuit d’été, Roméo et Juliette, La Tempête, Premier Soleil ) et Le Théâtre Oblique dont il est également collaborateur artistique (Les Damnés, I.A .).
En 2015, il crée le festival Mostra Teatrale (Corse) et en assure depuis la direction artistique.
En 2017, il joue dans Une brève histoire de la Méditerranée de Léa Carton de Gramont mis en scène par Victor Thimonier et dans Les beaux ardents (love story vénitienne) de Joséphine Chaffin, dont il co-signe la mise en scène avec cette dernière.
Ce spectacle constitue la première création de la Compagnie Superlune. Ensemble ils signent la mise en scène de leur seconde création, Midi nous le dira , en 2019. En 2020, ils poursuivent avec Oui de Joséphine Chaffin, interprété par Clément Carabédian, dans le cadre du Festival La Guignette contre-attaque au CDN de Besançon Franche-Comté, et créeront Tandem, radio imaginaire , forme itinérante mise en scène et interprétée par Joséphine Chaffin et Clément Carabédian, au Théâtre des Clochards Célestes (Lyon).
Par ailleurs, Clément Carabédian anime régulièrement des ateliers de pratique théâtrale pour des publics jeunes et adultes.

Louis Dulac
Louis Dulac est acteur et musicien. Il collabore avec de nombreux metteurs en scène pour lesquels, tour à tour, il compose ou interprète. Citons Catherine Hargreaves, Baptiste Kubich, Sabryna Pierre, David Mambouch, Valérie Marinese, Philippe Vincent, Myriam Boudenia, Irene Lentini, Marieke Sergent, Valérie Sourdieux, Nicolas Zlatoff, Olivier Borle, Juliette Rizoud. En 2016-17 il créée Dans L’Ombre qu’il met en scène et interprète au Théâtre de l’Elysée (Lyon).